Précédent
Suivant

Une vie mouvementée

La pensée d'Athanase Kircher est complexe, motivée par les raisons de son temps, et fait référence à des sources diverses (christianisme, platonisme, pythagorisme, pour ne citer que les sources les plus claires). Elle doit être minutieusement analysée pour être comprise. Kircher se révèle un personnage haut en couleur, qui n’a pas craint de s’exposer à la critique, ni de se livrer à certaines stratégies pour obtenir la reconnaissance de ses pairs[i].

Allégorie de la Sagesse, pointant l’alphabet universel de la connaissance à partir duquel, selon les lois combinatoires de Raymond Lulle, on peut inférer la clé de compréhension du Cosmos.

KIRCHER Athanasius, Ars Magna Sciendi, in XII Libros Digesta, T.1 Amstelodami, J. Janssonium & E. Weyerstraet, 1669.

Légende

Au pied de la Divina Sophia (en grec) :
Μηδὲν κάλλιον ἢ πάντα εἰδέναι

Athanasius traduit en latin cette citation qu'il attribue à Platon (p.2) :
Nil dulcius sit quam omnia scire. « Rien n'est plus doux que tout savoir. »

Athanase Kircher est célébré de son vivant, mais sa postérité est ensuite méprisée[ii], avant qu'il ne tombe complètement dans l’oubli[iii]. Selon Giunia Totaro, si la recherche reprend de l’intérêt pour Kircher à la moitié du 20e siècle[iv], d’anciennes équivoques persistent, ainsi qu’une forte adhésion à la tradition et un manque de connaissance de l’œuvre[v], donnant lieu à des lacunes, de mauvaises interprétations, ou  même des malentendus.
Carlos Camenjetzki explique que, pour les chercheurs actuels, le travail d’Athanase présente le désavantage de ne pas entrer dans les schémas académiques traditionnels et d’être extrêmement difficile à comprendre[vi], probablement aussi parce qu’il fait appel à des notions oubliées.

Pourtant Athanase Kircher est un monument scientifique de son époque[vii]. Il représente un modèle de pensée du 17e siècle en Europe prenant en compte de nombreuses cultures extrêmement différentes les unes des autres et bien des aspects de son travail, qui ont depuis été abandonnés, s’avèrent extrêmement intéressants et utiles à la recherche.

Aussi celui qui fait du travail d’Athanase Kircher l’objet de son étude a de bonnes chances d’éprouver la sensation que le jésuite avait lui-même ressentie en son temps face aux mystères de la science : tout à la fois l’appréhension et l’émulation que provoque un monument complexe et passionnant, dont la clé de déchiffrage a depuis longtemps été perdue et doit être urgemment retrouvée.


Notes

[i] Voir: KIRCHER Athanasius, L’Autobiographie d’Athanasius Kircher : l’écriture d’un jésuite entre vérité et invention au seuil de l’œuvre, Intr. Et trad. Giunia Totaro, Berne, P. Lang, 2009, p. 220 à 273. Mais aussi, sur la façon dont il parvient à se faire nommer professeur au Collège Romain : Paula Findlen, Introduction, in FINDLEN Paula, Athanasius Kircher: the last man who knew everything, New-York, Routledge, 2004, p. 13.
[ii] Voir sur PLUME : HUYGHENS Chrétien. De la Pluralité des mondes ; Ouvrage dans le goût de celui de Mr. De Fontenelle sur le même sujet. La Haye, Jean Neaulme, 1724, p. 167 et seq. Huyghens consacre l’entièreté du premier chapitre de la seconde partie de son traité à critiquer les thèses de Kircher au sujet des planètes, dont il déplore la fantaisie et qu’il qualifie de « fictions ».
[iii] TOTARO Giunia, Introduction, in KIRCHER Athanasius, L’Autobiographie d’Athanasius Kircher : l’écriture d’un jésuite entre vérité et invention au seuil de l’œuvre, Intr. Et trad. Giunia Totaro, Berne, P. Lang, 2009, p. 33.
[iv] Ibid., p. 23.
[v] Ibid., p. 36.
[vi] ZILLER CAMENIETZKI Carlos, « Baroque Science between the Old and the New World », in FINDLEN Paula, Athanasius Kircher: the last man who knew everything, New-York, Routledge, 2004, p. 311.
[vii] MERRILL Brian L., « Athanasius Kircher (1602-1680) Jesuit Scholar », FOBYUL, n°33, Provo, 1989, p. v.

 

Retour haut de page