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Un jésuite polymathique

Enfant de son temps, Kircher participe à la révolution scientifique et spirituelle moderne[i] avec la curiosité du savant baroque à la recherche d’émerveillement[ii], à laquelle s'ajoutent la rigueur intellectuelle médiévale et la foi du jésuite en l’autorité divine[iii].

De lucernae magicae seu thaumaturgae constructione. « De la construction d’une lampe magique, dite aussi thaumaturgique. »

KIRCHER Athanasius, Physiologia Kircheriana experimentalis, Amstelodami, 1680, p.125.

Le Museum Kircherianum, qu’Athanase crée au Collège romain, est une bonne représentation de son goût prononcé pour la science et le merveilleux : des machines de tout genre y sont exposées, ainsi que des reliques, des manuscrits, des obélisques en bois, des squelettes infantiles, des vases funéraires romains, ou encore d’étranges animaux[iv]. Plus que le simple plaisir de collectionner, cet amassement d'objets remarquables est révélateur de la manière dont Kircher envisage la méthode scientifique : acquérir de nouvelles connaissances en procédant par inférences et hypothèses, à partir du maximum de données rassemblées sur les sujets les plus obscurs.

Les collections de curiosités, qui au 17e siècle fleurissent chez les particuliers et les sociétés savantes, éclairent sur la curiosité de l’homme baroque et sur son attrait pour l’étonnement[v]. Ces collections montrent chez ceux qui les détiennent la volonté de surprendre, chez ceux qui viennent les visiter l’envie d’être éblouis, et surtout chez ceux qui les composent la recherche de sensations fortes.

Ci-dessous, un petit florilège révélateur de la curiosité de Kircher, où l'on retrouve la volonté qu'il avait d'émerveiller ses lecteurs et de piquer leur curiosité.


Columba Architae


KIRCHER Athanasius, Magnes sive de arte magnetica, Coloniae Agrippinae, Iodocum Kalcoven, 1643, p.314.

Légende sous l'illustration (2e phrase)
Non rota, nec ventus, sed lapis urget opus.
« Ce n’est pas une roue ; ni le vent, mais une pierre qui fait le travail. »

Attribuée au philosophe Archytas de Tarente (435-347), la colombe d’Archytas est un objet volant en forme de colombe qui se déplace en mouvements circulaires à l’aide d’un stratagème aimanté.

 


China Illustrata


KIRCHER Athanasius, La Chine d’Athanase Kircher de la Compagnie de Jesus, Amsterdam, J. Jansson & Weyerstraet, 1670, p.104.

La China illustrata d’Athanase Kircher a constitué « pour longtemps une source d’information majeure sur la Chine »[vi] quand bien même elle mélange les récits de Pline, de Marco Polo, des voyageurs médiévaux, ainsi que des expériences vécues par les missionnaires, ou encore des phénomènes étranges ou inexpliqués[vii]. Alors qu’il est l’auteur de l’une des encyclopédies sinologiques les plus importantes du 17e siècle, Kircher ne s’est, semble-t-il, jamais rendu lui-même en Chine.


Musurgia


KIRCHER Athanasius, Musurgia universalis, sive Ars magna Consoni et Dissoni, in X libros digesta, T. 1, Romae, Haeredum Francisci Corbelleti, 1650, p.30.

Le traité intitulé Musurgia est un incontournable : largement imprimé, il a probablement eu un immense impact sur la musique européenne du 18ème siècle[viii]. Dans ce traité, Kircher étudie les différents systèmes producteurs de son : ainsi, on y trouve des planches d’anatomie, de structures d’orgue, ou encore de chants d’oiseaux.  Ce schéma représente le chant du rossignol retranscrit en partition musicale, ainsi que les chants du coq (gallicinium), de la poule (gallina), du coucou (vox cuculi), de la caille (vox coturnicis) et de ce qui semble être un perroquet parlant qui dit Χαίρε, soit « salut » en grec.


De Corporis Lunaris Natura & effectibus. « De la nature et de l'influence du corps lunaire. »


KIRCHER Athanasius, Mundus subterraneus in XII libros digestus, T.1 Amstelodami, J. Jonsonium & E. Weyestraten, 1665, p.62.

 


Schema corporis solaris, prout ab Authore et P. Scheinero. Roma Anno 1635 observatum fuit.
« Schéma du corps solaire selon l’auteur et P. Scheinerus. Observé à Rome, en l’an 1635. »


KIRCHER Athanasius, Mundus subterraneus in XII libros digestus, T.1 Amstelodami, J. Jonsonium & E. Weyestraten, 1665, p.64.

 


Hydrophylaciae


KIRCHER Athanasius, Mundus subterraneus in XII libros digestus, T.1 Amstelodami, J. Jonsonium & E. Weyestraten, 1665, p.174.

La légende de cette gravure mentionne les hydrophylaciae : il s'agit de monts qui fonctionnent comme des réservoirs d’eau. L’eau qu’ils contiennent, comme celle des mers, s’écoule par des canaux et forme des poches d’eau souterraines.


Pyrophylaciae


KIRCHER Athanasius, Mundus subterraneus in XII libros digestus, T.1 Amstelodami, J. Jonsonium & E. Weyestraten, 1665, p.178.

La légende de cette gravure mentionne les pyrophylaciae : ce sont des monts qui fonctionnent comme des réservoirs de feu, venant alimenter le feu souterrain.


Notes

[i] KNECHT Herbert H., « Le Fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Baroque, 12/1987, §1-2.
[ii] Ibid., §29.
[iii] MERRILL Brian L., « Athanasius Kircher (1602-1680) Jesuit Scholar », FOBYUL n°33, Provo, 1989, p. iv-v.
[iv] LO SARDO Eugenio, « Kircher’s Rome», in FINDLEN Paula. Athanasius Kircher: the last man who knew everything. New-York, Routledge, 2004, p. 62. et MERRILL Brian L., « Athanasius Kircher (1602-1680) Jesuit Scholar », FOBYUL n°33, Provo, 1989, p. xxvii.
[v] KNECHT Herbert H., « Le Fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Baroque, 12/1987, §31-32.
[vi] MARX Jacques, « De la Chine à la chinoiserie », p.754.
[vii] Idem.
[viii] BARON CRANE Frederick, Athanasius Kircher, Musurgia Universalis (Rome, 1650) : the section on musical instruments, Thesis for the degree of Master of Arts, Department of Music, Graduate College of the State University of Iowa, August 1956, p.XXV.

 

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